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Mathilde, 96 ans.
"En 1917, l’épidémie de grippe espagnole sévissait durement. J’ignore encore par quel miracle nous en avons réchappé. Tous les gens autour de nous tombaient, tous mourraient. Il n’y a que nous qui restions debout. Tous les autres locataires succombaient à la maladie et nous n’étions même pas malades : nous étions bénis des dieux. Quand nous partions à l’école, ma mère nous faisait boire de la Bénédictine. C’était une petite liqueur, qui, soit disant, nous fortifiait. Ce n’était pas bon mais je buvais un petit dé de liqueur pour obéir à ma mère.
En novembre 1918, l’armistice fut signé. Je me souviens, nous sommes allés sur la place Bellecour, à Lyon. Le maréchal Joffre était présent. Mon père m’a hissée sur ses épaules pour que je le voie mais je n’ai pu apercevoir que son képi !"


Rose, 84 ans.
"J’ai très peu de souvenirs de mon père, j’étais très jeune quand il est mort. Il prenait son vélo pour aller travailler et parfois, le soir, après le dîner, nous nous baladions. Maman mettait un petit coussin sur le cadre et hop ! Nous partions tous les deux en promenade. Dans les tournants, je devais tendre le bras ; mon père aussi tendait le bras car le mien n’était pas assez long. A cette époque, le vélo était vraiment la petite reine !"



J’ai écrit l’histoire de leur vie.

Hannah, 76 ans.
"A la Libération, j’ai été extrêmement choquée par cette pratique qui consistait à raser les femmes qui avaient eu des rapports sexuels avec des soldats allemands. Y repenser me donne envie de vomir. A quinze ans et demi, j’ai assisté à ces scènes où des femmes hurlantes, couvertes de croix gammées, étaient traînées, rasées, livrées aux injures. Je n’oublierai jamais ces scènes où tout le monde hurlait à la mort, où se dévoilait le côté sombre de l’humanité. Nous faisions subir à ces femmes ce que nous, femmes juives, avions vécu. Je n’ai pas pardonné de tels débordements. Cette haine ambiante dégageait des relents fétides, tels ceux issus de la bête immonde qui avait occupé le pays pendant ces noires années. A peine la bête s’était-elle éloignée que je voyais agir mes compatriotes tels des monstres que la bête n’aurait pas reniés"
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